samedi 4 juillet 2015

le Label Patrimoine du XXème siècle est-il inutile sous votre Ministère, Madame Pellerin ?



La semaine dernière alors que je rédigeais un article sur le foyer des Vieux dessiné par Paul Chemetov pour Vigneux-sur-Seine, l'agence de ce dernier me signalait, dans une concordance des temps incroyable, que l'ensemble des Briques rouges Labelisé Patrimoine du XXème siècle était menacé de destruction et notamment sa Caisse Primaire d'Assurance Maladie CPAM, petite merveille d'architecture reconnue, publiée et... Labelisée... et déjà défigurée, la fresque du Peintre Foujino ayant été peinturlurée par des imbéciles.
Il va sans dire que c'est une nouvelle attaque du Label qui tend à prouver maintenant son inutilité patente.
N'oublions pas le dossier de la Caisse d'Épargne de Toulon menacée par une architecture d'une laideur insoutenable de l'agence OKKO Hôtel dont le dessin du remodelage a même réussi à faire rire mes étudiants, c'est dire... Puis les mettre en colère... c'est clairvoyant.
Il est donc nécessaire de penser maintenant un avenir pour ce Label si français permettant sans doute, démagogiquement, de faire semblant d'un signalement pour faire plaisir à un petit cercle d'initiés (dont je fais partie) sans prendre le risque (la politique) d'un vrai classement, d'une vraie reconnaissance. Si éduquer la population française à l'architecture du XXème siècle c'est poser une plaque sur une construction pour s'autoriser quelques mois après à la broyer sous les pelleteuses, ce que l'on enseigne à cette population ce n'est pas le respect de ce travail architectural et patrimonial mais bien l'indifférence à ce patrimoine et à son territoire.
L'inculture généralisée n'est pas transformée par ce Label, les petites politiques locales, les petits responsables, les agencements financiers et immobiliers d'architectes en mal de mètres carrés en centre ville s'allient ensemble pour cracher à la gueule du Patrimoine et du travail de signalement tout cela sous les yeux (impuissants ?) des institutions chargées de la défense de ces lieux. On a même des émissions sur France Inter, radio nationale et complice (on sait pourquoi, on sait comment), où l'on donne sans contradiction, la parole à ces architectes démolisseurs qui viennent expliquer comment ils suivent " l'esprit de Candilis" sous l'égide d'un pauvre philosophe instrumentalisé et cabot, heureux d'avoir une écoute à sa petite pensée. Voyez le Mirail à Toulouse... La honte à la française.
Je ne sais pas finalement, je ne sais plus, ce qui construit ma colère. La perte de merveilles architecturales qui défendaient dans leur volumes et leurs espaces une pensée et une intelligence ? Oui.
Le rêve impossible de retenir du monde ses images ? Oui. Penser qu'un état, représentation démocratique servant à signaler notre culture commune, est impuissant, voire complice ? Oui. Devoir enseigner cet échec de la politique culturelle ? Oui.
Alors, si rien ne bouge, si aucune action immédiate n'est prise, (et l'été qui arrive servira l'inaction) il est clair que le Label Patrimoine du XXème siècle deviendra une duperie au service d'une démagogie de la défense patrimoniale d'un Ministère incapable de réagir. Ce Label sera un tombeau silencieux.
Le pire, voyez-vous, c'est qu'on commence à s'y habituer.

David Liaudet pour Le Comité de Vigilance Brutaliste.

tout le dossier clairement décrit ici :

Mobilisation :



Je reçois une nouvelle carte postale montrant au premier plan le foyer des Vieux de Vigneux-sur-Seine et au fond, l'ensemble Croix-Blanche. La carte postale est une édition Scintex en exclusivité pour Lhotellin. Mais qui a dessiné cet ensemble Croix-Blanche ?
Je trouve dans mes revues un article paru dans Techniques et Architecture de 1973 sur la sécurité sociale de Vigneux-sur-Seine, œuvre de Paul Chemetov, œuvre menacée aujourd'hui.
Je vous le donne à voir, il ne nous restera que ça bientôt ?

Les photographies de cet article sont de Augustin Dumage.











jeudi 16 avril 2015

Charles Bueb édité, Ronchamp révélé, Le Corbusier regardé



L'aventure de la découverte du travail de Charles Bueb prend enfin la forme définitive du livre édité par les éditions Facteur Humain.
Depuis hier, le livre est disponible et une exposition des photographies de Charles Bueb est visible à la Librairie Volume.
Il est rare dans une vie d'amateur d'images de pouvoir ainsi depuis une carte postale voir se concrétiser une histoire et aussi surtout l'invention du travail d'un photographe. Je ne remercierai jamais assez internet de m'avoir mis en relation avec les filles de Charles Bueb puis d'avoir pu les rencontrer en février 2013. L'histoire, vous la connaissez, c'est celle de ma découverte d'un fonds photographique inédit à partir de la publication sur ce blog en 2012 d'une carte postale que je ne résiste pas à vous donner une fois encore...


La carte postale devient donc bien un objet de transition, de passage ayant permis à de grands photographes reconnus comme Doisneau ou Lucien Hervé, ou d'autres plus modestes comme Charles Bueb de diffuser leurs images de l'architecture.
J'essaie dans le texte publié dans ce livre de mettre en relation cette question avec celle du placage insolent de deux mythologies entre elles : la DS Citroën et la Chapelle de Le Corbusier. Je ne me paraphraserai donc pas ici, vous laissant tout le loisir de lire le texte et donc...d'acheter le livre.
Il faut remercier tous ceux qui ont contribué à la réalisation de ce livre en souscrivant à sa publication avant même son édition. Merci.

Il faut aussi remercier Claude Parent auquel nous avons demandé une préface et qui nous à faire l'honneur de nous l'écrire. Préface dans laquelle il chante Ronchamp et sa découverte. C'est un superbe texte. Jean-François Mathey y fait également un très beau texte sur la genèse de la Chapelle.

Je remercie aussi vivement Claude Lothier qui a surveillé mon écriture, repris mon texte et celui de Monsieur Parent et corrigé nos fautes. Il est le meilleur lecteur de ce livre et de ce blog.

Un grand merci également à la famille Bueb qui nous a reçu si promptement et si gentiment lors de notre visite initiale avec Nicolas Hérisson ( Merci Emmanuelle !) et qui a su toujours avoir confiance dans le projet et dans le regard que nous avons porté sur les photographies de Monsieur Bueb.

Mais ce livre est aussi un projet éditorial développé avec énergie, passion et patience par Julien Donada, vidéaste et cinéaste (que les lecteurs de ce blog connaissent bien) et Grégoire Romefort qui a réalisé pour ce livre l'important travail graphique. Le livre est très beau, ne souffre d'aucun défaut éditorial dans sa mise en page, le choix des papiers, sa composition et l'impression. C'est de la belle ouvrage. Bravo et merci à tous les deux et donc aux éditions Facteur Humain pour ce travail éditorial sérieux.

Il est indéniable que ce nouveau regard photographique sur l'œuvre de Le Corbusier est un événement éditorial sur l'histoire de cette construction mais aussi sur son mode de représentation dont il faudra évaluer encore la portée face aux oeuvres de Lucien Hervé par exemple.

On peut donc aimer les cartes postales, sans peur. Elles cachent certainement encore des trésors.

On peut se rendre à la Librairie Volume jusqu'au 16 mai pour voir une exposition de quelques beaux clichés Vintage qui plairont aux Aficionados de Le Corbusier et qui sont en vente. On peut également acheter de très beaux tirages récents et restaurés par les éditeurs.

Ronchamp, Charles Bueb, Le Corbusier
Claude Parent, Jean-François Mathey, David Liaudet.
éditions Facteur Humain
Julien Donada, Grégoire Romefort
ISBN-978-2-9600513-7-7
29 euros. Merci d'acheter votre livre chez un libraire indépendant.
Librairie Volumes
47, rue Notre-Dame de Nazareth
Paris

Précédents articles concernant Charles Bueb :

Votre serviteur et Nicolas Hérisson lors de la première prise de contact (sans jeu de mot !) avec les planches et négatifs de Charles Bueb et sa famille : février 2013.

 

Voici comment nous apparurent les planches, parfaitement rangées et annotées. J'ai remarqué alors que malheureusement, le négatif ayant servi à faire la carte postale de sa fille avait disparu. Mais aussi, que vu le format carré des clichés, il s'agissait d'un recadrage.




















Quelques images du livre juste pour vous donner envie de le lire et de l'acheter !







mardi 7 avril 2015

Un Corbusier, Le livre




Je viens à l'instant de terminer la lecture du livre de François Chaslin Un Corbusier publié dans la très belle collection Fiction et Cie.
C'est un événement qu'un livre sur Le Corbusier écrit par celui qui avait réussi à me convaincre, tout au long de son émission Métropolitains, que l'architecture se construit aussi avec la voix. Il s'agit surtout, je le pense dans la tiédeur d'une lecture tout juste achevée, d'un livre d'une génération. Ceux qui sont en quelque sorte les enfants en short et chemise à carreaux que l'on voit jouer sur le toit-terrasse de la Cité Radieuse, ceux qui apprendront leurs leçons d'architectes qui ont bâti, contredit, serré les mains de l'architecte Corbu. Tout comme je me souviens de mon trouble apprenant que ledit Le Corbusier avait eu au téléphone le vieux Eiffel, c'est un ouvrage de passage, nécessaire à cette génération devant rétablir une vérité, avant de passer le flambeau à ma génération, flambeau un peu éteint d'une possible idôlatrie, la génération des enfants de mai 68. Je le prends comme ça. Dans mes salles de cours, dans les clubs des jeunes, des photographies aériennes Lapie tapissaient encore les murs avec la France superbe des Trente Glorieuses. Je me souviens de La Cité Radieuse en noir et blanc qui, je crois aussi, était visible dans les photographies des wagons de chemin de fer. Et, dans ma salle de classe de CM 1, le seul autre grand de l'Art était Picasso en poster en couleur. Je suis de ces moments-là. Il y a donc dans ce livre quelque chose que Monsieur Chaslin porte aussi, d'un inconditionnel de l'architecte ayant dû passer outre une forme parfaite d'amour (du moins de fidélité) à un doute sur un architecte autant adulé que récrié de tous côtés et surtout du côté des ignorants vociférant que notre Corbu était fasciste, nazi, de droite, puis communiste enfin, sans doute, homme de pouvoir portant à lui seul l'échec des grands ensembles.
Oui.
Le livre de Monsieur Chaslin dit la chose clairement et c'est sans doute, pour moi, pour nous, la première fois qu'ainsi, dans une multitude d'approches, de détails, de cernes on voit apparaître ce que nous aurions sans doute ne pas voulu voir. La manière de Monsieur Chaslin me fait penser à un Saint Sébastien dont l'envoi des flèches dans la chair du martyre serait la seule manière de dessiner les contours de son corps. Monsieur Chaslin sacrifie son mentor pour mieux, dans la seconde partie du livre intitulée le fada, le ressusciter avec l'histoire croisée de ses cités radieuses. C'est monumental comme écriture et comme procédé, c'est de grandeur conforme à l'homme et à l'architecte. Hésitant entre deux pôles durs, la crapule et, ou, le génie.
Le Corbusier en sort grandi et je le crois, sauvé. Parce que finalement, la petitesse habituelle des attaques sur ses pensées politiques n'est rien à côté de l'œuvre. Et si cela ne permet pas de pardonner, cela permet tout de même de dire la logique et donc l'intelligence qu'il a eu à s'en sortir. Comme si sa familiarité politique (on pourrait presque dire aujourd'hui dire sa bêtise) toujours à la recherche du pouvoir (le verbe) était rachetée par la force sereine, ambitieuse et inventive de ses constructions.
Je suis de ceux qui furent fascinés.
Je suis de ceux qui le restent, et je me refuse d'obscurcir les lumières, les ombres, les forces que j'ai aimées et ressenties au nom des idées politiques finalement médiocres d'un type ayant mal choisi son camp, ayant surtout cherché partout ceux qui lui permettraient de faire, faire son œuvre. Après tout, si je n'ai rien à faire ni à voir avec un groupuscule d'extrême-droite, je n'ai rien à voir non plus avec la grande bourgeoisie pour laquelle il a aussi construit. Ne dois-je plus aimer la Villa Savoye ? J'ai sans doute plus à voir avec les pavillons de Frugès et la collectivité de Marseille, Briey et Rezé. Mon histoire avec Le Corbusier, je me permets aussi Monsieur Chaslin, de la lire au travers de la vôtre, celle de ce livre. Je défendrai toujours Le Corbusier non pas qu'il ait encore besoin qu'on le défende ou que ma parole soit si importante à ce jeu mais simplement parce que je crois qu'il faut juger l'œuvre autant que l'homme. Et qu'il est important de ne jamais oublier que l'on a aimé. Votre livre le permet sans masque, sans fard et surtout sans peur. Enfin, avec votre infinité de détails, des citations, votre travail d'abeille voulant voir au plus près la reine, vous donnez l'occasion de mettre les choses à plat sur la grande table. Et c'est comme cela que l'on est libre d'aimer.
Et puis, vous me faites l'honneur de me nommer et surtout me faites l'honneur d'une complicité d'amateurs d'images et de cartes postales. Vous ne dites rien de néfaste à leur égard, vous les aimez. Aimer les images, y croire au-delà de leur cadre fabriqué, les aimer car elles sont des moyens de connaître et d'apprendre est bien aussi quelque chose que je crois partager avec vous. Je me souviens à l'écoute de vos émissions d'avoir construit mentalement les architectures que vous évoquiez avec vos invités, je me souviens comment les espaces naissaient de la conjugaison des verbes. Je garde précieusement, Monsieur, ces images, je jalouse celles que vous possédez et je vous remercie, une fois encore, au travers de ce livre de nous avoir donné une image de Le Corbusier, une image juste parce que personnelle, Un Corbusier vôtre, que je désire faire mien.

Et, ne me reste qu'à faire mon métier et enseigner Le Corbusier maintenant avec ce nouvel outil sincère.

Un Corbusier
François Chaslin
Fiction et Cie
isbn-978-2-02-123091-8

Et comme c'est ici un lieu de la représentation de cette architecture par la carte postale, en voici une inédite encore sur ce blog. Elle n'a rien de rare, rien de particulier, seulement la force d'un document populaire tentant de donner à voir l'une des œuvres les plus étonnantes. Pourtant, ici, dans cette édition sans nom d'éditeur ni de photographe, c'est bien le cliché parfait de la carte postale qui est présenté.
Un premier plan végétal, grandes branches d'arbres tombant en ombres et en nombre sur la grille de béton, puis au second, un arbre fruitier soutenu par une planche, puis enfin, comme infinie, la Maison Radieuse de Rezé qui porte au verso de l'image le nom de son architecte : Le Corbusier.
Rien n'est plus simple, sans doute plus juste, pour parler de l'architecture que cette forme d'hommage.






lundi 23 mars 2015

le syndrome de Vasa étudié à l'université du Mirail





Ce matin, c'est comme un appel.
(Merci Clément pour l'alerte.)
Je vois des pages et des pages s'afficher sur la destruction du Mirail à Toulouse et notamment de son université. Comme toujours la France a la gueule de bois et se réveille trop tard pour défendre son Patrimoine. Et comme toujours dans le débat, on oublie les institutions qui n'ont pas pu (voulu ?)  protéger l'université et l'ensemble du Mirail à Toulouse.
Alors, comme tout le monde un peu sensible à cette histoire, je signe une pétition dont je sais qu'elle ne servira à rien face à la machine administrative et politique qui n'y connaît rien en architecture. Il suffit de lire les propos du Président de l'université face à ce patrimoine pour comprendre comment on tord les mots et son esprit pour faire semblant d'être sensible. C'est émouvant autant de tactique verbale. Ça marche sur des œufs un peu pourris.
Alors, quand ceux-là mêmes qui devraient défendre l'héritage architectural nous rassurent justement en prétendant qu'il ne faut pas s'inquiéter car on conservera l'esprit du lieu (mais pas l'architecture...) on est soit en colère devant un type à genoux face à l'événement ou mort de rire face à l'acquiescement politique de sa fonction. Dans quelques mois, on inaugurera une université toute neuve dont vous verrez, il osera dire avec les architectes complices de cette restructuration qu'elle est un hommage à celle qui vient d'être détruite. Allez lire la communication de l'agence c'est d'une drôlerie...
Je n'en peux plus.
Et on organisera bien un petit colloque pour faire bonne figure et une petite exposition pour rappeler la belle histoire de Georges Candilis, vous verrez, ça viendra, on voit ça tout le temps... Les invitations vont partir.
Monsieur le Président d'une architecture qui disparaît sous votre présidence, vous qui vous cachez derrière les questions financières alors qu'elles sont politiques (car la question du Patrimoine est politique je vous le rappelle) Monsieur le Président, s'il vous plaît, ne faites pas semblant d'être du côté de ceux qui défendent ou regrettent. Ayez au moins l'extrême obligeance de porter fièrement votre projet et d'en assumer les conséquences (malheureusement pour vous et pour nous) tragiques, de la destruction indigne d'un Patrimoine unique. Et comme vous êtes soutenu par le vide abyssal des paroles de nos Ministres de la Culture ou de l'enseignement dit supérieur, la France, une fois de plus, sera le pays où il fait bon être désolé et où on applique avec joie et opportunisme le fameux syndrome de Vasa.
Soyez désolé Monsieur le Président, c'est tout ce qu'il nous reste.

Pour signer la pétition, c'est urgent, faites-le, merci :
Pour lire les propos du Président désolé de ce qui arrive et que même, oui, oui, il aime bien Candilis :

Pour vivre le travail de Georges Candilis :





















Cette carte postale des éditions de la Carterie Occitane F. Loubatières nous montre Toulouse le Mirail et plus particulièrement son centre socio-culturel et sportif. On devine derrière l'un des immeubles d'habitations et devant, un peu difficile à lire, le monument de Tarass Chevtchenko. La carte fut expédiée en 1971. On comprend d'ailleurs le glissement des automobiles sous la dalle et la beauté structurelle du centre socio-culturel sur le même modèle que l'université. On notera comment le photographe place la végétation dans le cadre, avec la verticale de l'arbre venant cadrer les fonctions.
Dans le très bel ouvrage Toulouse-le-Mirail, la naissance d'une ville nouvelle, on trouve quelques éléments, les photographies sont de Taki Candilis :



















mercredi 3 décembre 2014

Grand-Quevilly ? La honte




La honte.
Que faites-vous ?
Que faites-vous dans vos institutions, vos directions, vos mairies, vos services culturels, vos diocèses ?
Et vous le faîtes dans un silence honteux, sans répondre, sans même défendre vos positions.
Vous le faîtes la tête basse.
La honte.
Grand-Quevilly est donc la ville qui laisse son Patrimoine architectural moderne partir en ruine, je pense que bientôt l'église Charles de Foucauld subira le même sort. Elle est déjà défigurée.
Personne ne bougera car personne n'a bougé aujourd'hui. Ils ont même, voyez-vous, cette bonne conscience démagogique.
Grand-Quevilly ?
J'ai honte.

Notez bien sur cette image la destruction alors même que la fresque de Mr Szekely est encore sur le mur...
La honte.



On perçoit bien ici la grande voute en fusées céramiques :






jeudi 4 septembre 2014

Le Corbusier par Charles Bueb : un livre avec vous.


C'est une souscription, c'est un désir fort.
Si vous êtes des fidèles de ce blog, vous vous souviendrez certainement de cette incroyable carte postale :


Suite à sa précédente publication sur ce blog, nous avons pu entrer en contact avec la famille de Charles Bueb, auteur de ce très beau cliché et photographe de la construction de la Chapelle de Ronchamp de Le Corbusier.
La surprise fut totale face à l'incroyable qualité et à l'ampleur du travail de Charles Bueb que seule, celle de Lucien Hervé semble pouvoir atteindre. Bien vite, avec un autre complice que vous connaissez bien sur ce blog également, Julien Donada, nous avons mesuré la nécessité urgente de mettre au jour cette œuvre puissante et belle et surtout...totalement inédite !
Nous lançons donc une souscription avec la méthode Kisskissbankbank pour éditer un livre de photographies de Charles Bueb qui sera accompagné de textes également. Nous voudrions que ce livre soit disponible pour l'actualité du cinquantenaire de la mort de Le Corbusier, pour le mois d'avril de l'an prochain.
Si vous êtes venus sur ce blog, c'est que l'architecture moderne et contemporaine vous intéresse, c'est que sa représentation par la photographie vous passionne, c'est exactement le centre du travail de Charles Bueb.
Et si la carte postale vous donne déjà une notion de la force évocatrice de Charles Bueb, je vous laisse aller voir sur le site Kisskissbankbank par exemple l'incroyable jeu qu'organise le photographe avec une Citroên Ds réussissant l'exploit de réunir deux mythologies.
Merci donc de nous aider, de mettre au jour, sous vos yeux ravis d'aficionados éclairés, le travail de Charles Bueb.
Il se pourrait bien que soudain, cette œuvre change votre regard sur la représentation de l'architecture de Le Corbusier.

Merci.

Rendez-vous ici pour la souscription, on compte sur vous !


Voici la couverture de ce futur livre :



Et je vous remets à nouveau deux autres cartes postales de Ronchamp dont le photographe est Charles Bueb. Vous pouvez déjà y voir la remarquable qualité de ce photographe.


jeudi 14 août 2014

Lens, un autoportrait au jeune homme de quinze ans.





Je suis fils d'ouvrier.

D'abord traverser la ville ouvrière et tout ce qui fait sa particularité parfois indigente parfois seulement comme toutes les villes, banale, sale, faite de briques et de broc... mais ouvrière par la typologie architecturale.
Garer la voiture le long d'une clôture haute ne laissant rien voir du Louvre. À pied, passer dans un canyon de végétation toute neuve venant de la pépinière, pas vraiment installée mais prometteuse. On monte vers le Musée, on sent la pression de l'amateur d'architecture dans son corps, l'idéal du premier instant arriver ; ne pas louper ce moment. Puis voir une ligne grise sous un ciel gris. Tout s'accorde. On cherche en quelque sorte l'architecture pour comprendre qu'on est déjà devant. Le cœur hésite : aimer cette absence d'effet, détester le manque d'une surprise. Sentir que, sous ses pieds, tout est dessiné, les herbes folles poussent entre le béton blanc magnifiquement découpé. On ne cherche pas l'entrée, en France on a l'habitude de ce manque flagrant de signalétique belle et efficace. On suit les autres, ceux venus là comme vous à l'événement Louvre-Lens. On nous égare, on entre gratuitement.
Un hall digne des plus belles stations-service de l'autoroute A6 vous accueille. De grands volumes de verre courbé bien dessinés font fonctions : librairie, bibliothèque, ou cafétéria. Il y a même un coin pique-nique sans doute parce qu'il est interdit de manger dans le Parc et que ça fait populaire et accessible de le nommer ainsi. Rien ne fait surprise, rien ne dit ici que vous êtes dans un lieu sacré. On verra que j'attends ce mot avec force.
L'accueil est chaleureux, pas d'affluence.
Passage par une grande porte rectangulaire donnant sur un petit bureau tenu poliment par un gardien qui dit bonjour et prend vos tickets. Un vide déjà ici devant cette porte de garage sans doute dimensionnée pour le transport des œuvres et peu pour dire l'événement à venir ou même générer une frontière entre la vie sans l'Art et la vie avec. Puis, le corps comme attiré par un précipice se tourne vers le vide immense de la grande galerie. On est un peu en hauteur d'une pente qui vous fait voir l'ensemble de ce grand volume dans lequel les œuvres sont rangées en ordre chronologique sans aucune cloison, mur, entre-soi. J'imagine le désir si souverain d'une transparence. Et nous y voilà. Comme sans doute, on a cru qu'ici il ne fallait pas choquer le peuple par des matériaux ou des expériences spatiales trop complexes pour libérer l'œil aux oeuvres uniquement, on retrouve ce discours si martelé de l'absence d'architecture comme architecture absolue, on se retrouve chez Hygena en train de choisir son meuble de cuisine intégrée. La pauvreté du design de la muséographie est réduit à de malheureux cubes blancs, cette pauvreté des matériaux ne donnant sous la main, sous l'œil, rien d'une fonction superbe de mise en avant des œuvres ou jouant même modestement avec elle, c'est terrible. Je m'amuse avec le reflet toujours flou des œuvres dans les tôles aveuglées. Ne reste que ça. Et cette sensation si désagréable d'être toujours vu en train de regarder sans aucun moment d'intimité avec les œuvres, sans surprise de leur déploiement dans un espace, sans cet effet si beau au Louvre à Paris d'avoir à parcourir un espace pour aller à la rencontre parfois difficile d'un tableau, d'une pièce de monnaie romaine, d'un fragment égyptien. Non. On vous voit, vous êtes vu. Et là commence une autre histoire.

 

Je ne sais rien de toi, je ne sais rien. Je te regarde depuis un moment parce que quelque chose de ta posture, de ton âge, de tes vêtements me rappellent moi-même au même moment hésitant d'une vie. D'abord j'ai aimé ta distance polie et permanente avec les œuvres que tu regardais. Tu les as toutes regardées ainsi : les bras croisés dans ton dos comme si tu avais peur que ton corps ne fasse une bêtise, fasse tomber quelque chose comme quand tu vas chez un parent à l'appartement encombré de bibelots. Tes vêtements aussi, le pantalon, un jean sans forme vraiment, juste pratique et trop court car tu grandis trop vite, une paire de chaussure simples mais propres, un polo gris que tes épaules remplissent à peine, que tes bras croisés derrière le dos font remonter. Là, tranquillement, j'ai cru que tu étais seul au début, tu épluches chaque étiquette, tu lis tout, tu regardes avec attention parfois longuement parfois rapidement. Tu ne souris pas, tu es concentré comme si tu attendais qu'il se passe quelque chose de beau, de grave, d'essentiel. Et ça passe. Soudain, tu rejoins une famille comme toi. Deux petites sœurs j'imagine, plus petites et bondissantes. Tu leur dis des choses, elles rient et tu souris cette fois. Mais ton visage devient grave à nouveau et tu retournes dans tes pensées, tu te remets dans ton corps. Parfois nos regards se croisent.
Je me retrouve dans ton attitude, je me retrouve dans ta solitude aimante aux œuvres, je comprends que peut-être c'est pour toi qu'ils sont venus tes parents, peut-être est-ce toi du haut de tes quinze ans qui a formulé ce désir, cette visite. Pour raconter à la rentrée à ta professeur d'arts plastiques tes vacances, pour partager avec elle tes découvertes. Peut-être dessines-tu sur la toile cirée de la cuisine, peut-être que tu as accroché dans la porte de ton placard en sapin un poster d'un masque égyptien. Peut-être.

De l'architecture de Louvre-Lens, je ne retiens que cette promenade que je fais sans et avec toi, dans la lucidité d'une impudeur franchise. Clarté soudaine et belle de la lumière, forêt un peu rude d'œuvres dont la qualité est indéniable. Et, soudain, je vois l'une de mes œuvres amies, l'une de celles que j'allais systématiquement visiter au Louvre-Paris : l'autoportrait de Raphaël avec son ami. D'abord la joie de le retrouver, de savoir que Raphaël et son ami me pointent aussi, qu'en quelque sorte, ils me saluent, me reconnaissent. Puis le regret de ne plus pouvoir les voir à Paris si proche de chez moi. Au Louvre-Paris, vous étiez tous les deux dans la Grande Galerie. Je pouvais vous voir à côté de Balthazar Castiglione, pas trop loin d'Enguerrand Quarton ou de Sassetta. Vous étiez sous des voûtes de pierre d'un Palais riche et sacré. Vous étiez un chemin à prendre pour vous rejoindre, chemin que je connaissais par cœur, chemin d'une histoire, chemin d'une initiation.
Aujourd'hui, Raphaël, ton ami pointe un vide immense et aussi sans doute, parfois un adolescent que j'ai été et des nouveaux en polo gris, les bras dans le dos. Les enfants passent devant, le jaune fluo des parkas Décathlon vient strier mon regard et j'aime ça finalement.
Et le sol remonte, nouvelle pente, nouvelle porte de garage et voici des volumes blancs dans une salle totalement transparente dont la seule beauté architecturale tient à son vide entre les deux parois et à la sensation d'une véranda géante donnant sur le jardin. Un bel escalier tourne contre un bloc d'ascenseur trop proche. Dommage... c'est raté. Le mobilier en trèfle à trois feuilles est comme celui d'un coiffeur chic du centre ville. On s'assoit dessus pour l'oublier. On regarde dehors. Alors, demi-tour, on reprend la grande galerie dans l'autre sens et je comprends soudain que tout le monde naturellement longe le mur de métal à sa droite pour regagner la sortie et comme on vient de faire la visite, on va vite, on marche vite, on regarde parfois ceux qui font la visite à leur tour sans regret.

Ici prendre un café tient d'une expérience connue, celle de la cafétéria d'entreprise, du lycée flamboyant, de l'open-space. Une nouvelle fois, la vision d'un mobilier d'une indigence remarquable et passe-partout. Le four à micro-ondes à disposition comme à l'exact, les vases funéraires étrusques. On aimerait une expérience plus marquante, on rêve au Luxembourg, on cherche quelque chose de français, de ce chic un peu perdu, on cherche les leçons du modernisme. Charlotte ! Revenez ! Et si c'est ça l'architecture japonaise alors je l'ai parcourue souvent dans des centres commerciaux, des cantines scolaires rénovées.
Un dégoût monte un peu. Un ratage. Une envie de sortir. Je n'achèterai pas de cartes postales du Louvre-Lens.
Mais une voix nous indique que le Musée va fermer. Nous sortons faire le tour du parc. Le Louvre-Lens est là, tout entier dans ce parc. C'est ce qu'il faut retenir, le travail de Catherine Mosbach. Le lieu est dessiné justement, les plantes ne viendront pas camoufler le gris bondissant du métal. On s'amuse des plantes sauvages, on parcours le lieu en jouant des points de vue, on rêve de s'asseoir. Je regarde les photographies sur l'écran de mon Sony. Je ne vois pas de Louvre, je ne vois rien de capital, je ne vois rien. Je suis perdu devant cette absence de lieu. Je cherche en vain ce qui fait l'architecture, le parcours, le déploiement d'espaces. Il n'y a que cet aplat gris me proposant sans cesse mon propre reflet flouté. Je me selfie à la Richter.
J'aurais tant voulu t'aimer. J'aurais tant voulu t'aimer.

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