mercredi 2 février 2011

les tubes des années 70, volume 1

Voici un petit exercice comparatif essayant certainement en vain de déceler les différences d'approches possibles entre les photographes de cartes postales sur un même détail architectural.
L'objet ?
Un mythe : l'escalator du Centre Pompidou.
Je vous donne de suite les deux images.



Celle du haut est due au photographe A. Choisnet pour l'éditeur Chantal. Le photographe est debout, il choisit une des particularités du Centre Pompidou qui fait son succès populaire, le tube de l'escalator. Il ne joue pas trop de la symétrie mais se pose finalement comme un visiteur lambda, regardant la chute vertigineuse de l'engin mécanique et ainsi il vise également sa transparence montrant sans doute le paysage et le point de vue que peut offrir cette étrange fenêtre moderne sur le vieux Paris.
En un sens, c'est un homme qui visite et qui note ce qu'il voit, donc il est dans la réalité constructive de ce que permet de percevoir cette architecture. C'est simplement superbe tant dans le dessin de l'objet, les champs de couleurs (bleu-gris) et le choix de la pointe de rouge de la robe de la femme en bas de l'escalier n'est certainement pas un hasard.
A. Choisnet a ici fait un beau travail que l'on pourrait qualifier en quelque sorte d'objectif, c'est-à-dire tentant au mieux d'être juste quant à une place possible, une réception fidèle du lieu. C'est là un document superbe et populaire.
L'autre carte postale est aux éditions Prestige. Rien que ce nom d'éditeur nous dit beaucoup d'une volonté de différenciation des éditeurs jouant sur le luxe et aussi certainement l'originalité. Si ici c'est Prestige, ailleurs c'est... banal...
Sur l'image le logo de l'éditeur signe comme un cachet la photographie et le dos n'est pas divisé comme les autres cartes postales plus vulgaires. En fait Prestige est une collection éditée par le grand éditeur Cap-Théojac. Ce cliché est dû à P. Dubois et il faut l'avouer sans retard, ce cliché est superbe !
Le photographe à genoux, se glisse entre les deux rampes en caoutchouc, dans cet interstice de verre du garde-corps et vient visser l'angle produit par la courbe de l'escalator, accentuant encore plus sa plongée.
Le jeu des reflets et des lignes courbes et droites forment un travail abstrait qui tout en étant au plus proche de l'objet le rend moins lisible et presque arachnéen. Il est évident que ce cliché est lisible pour celui qui a visité le Centre Pompidou et ne permet en rien d'avoir de ce lieu une image représentative. Il ne construit donc pas une image de l'architecture (le correspondant ne peut "rien en tirer") mais il permet à l'expéditeur de dire combien le lieu offre à la fois une étrangeté et une photogénie.
L'acheteur de ce type de cliché se reconnaît donc dans une attitude d'originalité et de positionnement décalé devant un objet architectural qui est déjà très marqué en ce sens. Il est bien question ici de faire sens (si ce n'est pas œuvre).
P. Dubois cherche, vise, construit son cliché dans cette direction. Il se veut original et pour cela il lui suffit finalement de descendre son corps vers le sol et de viser non plus un espace arpenté par le corps des visiteurs mais un espace que seul l'œil et l'appareil photographique peuvent viser.
Est-ce un lieu valide pour cette architecture ? Sans aucun doute puisqu'il fait image ! Il va sans dire que certainement ni Piano ni Rogers n'auraient pu imaginer ce canyon de verre d'un escalator comme un point de vue sur leur architecture mais finalement P. Dubois leur rend justice.
Les architectes ayant mis les tripes du bâtiment sur la façade, il fallait bien que soudain, comme au travers d'une coloscopie inventive un photographe vise ce tube comme un boyau conduisant un fluide très particulier : les visiteurs.
Ce sont bien eux qui animent la façade et c'est bien ce muscle mécanique qui les digère !
Reste que ces deux clichés pris à quelques centimètres de différence disent beaucoup de la manière dont on construit une image architecturale. L'un servant l'architecture, l'autre s'en servant pour son compte. Mais P. Dubois et A. Choisnet nous offrent aussi tous les deux de très belles photographies dont on doit prendre la mesure mais sans hiérarchie. Comment finalement choisir entre qualité documentaire et œuvre photographique ?
Disons que si je voulais montrer ce lieu à quelqu'un qui ne l'a pas vu, je lui dirais "regarde cette photographie de A. Choisnet" et à quelqu'un qui l'a visité, je lui dirais "regarde nous aurions pu voir ça aussi, comme P. Dubois."
Et je vous avoue que, chaque fois que je passe au centre Pompidou, je cherche systématiquement les deux visées.
Et ce plaisir du retour de l'image sur son lieu, je le dois aux photographes de cartes postales mais aussi bien évidemment aux architectes qui ont permis par leur travail incroyable de nous offrir un lieu ouvert, étrange et poétique.

1 commentaire:

grossebourse a dit…

Salut David, voila longtemps.

La deuxième photographie ne m'a pzas convaincu. Je trouve que l'on est trop amené à voir les verres bien propres des escalators ainsi que la bande de caoutchouc qui les ferme.
De plus la photo n'est pas complètement symétrique, c'est froissant : tant qu'a choisir un point de vu comme cela, autant l'être à fond.

Sans être jamais aller la bas, je préfère nettement la première photo (donc ce que tu dis est vrai)

Cela dit,ta petite analyse est intéressante. Ce bâtiment est vraiment remarquable, je m'en rend compte à chaque fois que je le vois.